Depuis des mois, une partie de la gauche s’est montrée extrêmement active pour dénoncer les crimes commis à Gaza et affirmer son soutien à la « résistance du peuple palestinien ».
Or, lorsque le peuple iranien résiste à son tour — contre un régime autoritaire, théocratique et violemment répressif — le silence est assourdissant.
Ce n’est, hélas, pas une surprise.
Le régime iranien est un pilier de ce que l’on appelle « l’axe de la résistance », qu’une partie de cette gauche a soutenu sans réserve, souvent en fermant les yeux sur sa nature autoritaire.
Aujourd’hui, chez certain·e·s, on voit émerger une tentative de lecture présentée comme plus « nuancée » et « complexe » :
- Reconnaître le rôle central de l’Iran dans cet axe de la Résistance,
- Condamner les sanctions économiques occidentales, accusées de renforcer l’autoritarisme et de pénaliser le peuple
- Tout en affirmant que la « boussole » doit rester le soutien aux peuples et à leur droit à l’autodétermination.
Ce qui impliquerait donc, en toute logique, de condamner la répression en Iran et de soutenir le peuple iranien.
Sur le principe, cette position pourrait sembler cohérente.
Mais dans les faits, elle révèle surtout une hypocrisie flagrante.
Car ces mêmes personnes n’ont jamais condamné le régime autoritaire du Hamas, qui gouverne Gaza et réprime violemment toute opposition palestinienne.
Où étaient ces voix lorsque des Palestinien·ne·s descendaient dans la rue contre le Hamas et étaient réprimé·e·s dans le sang ?
Et pourquoi condamner les sanctions économiques contre l’Iran au motif qu’elles renforceraient l’autoritarisme, tout en appelant au boycott généralisé de tout ce qui est lié, de près ou de loin, à Israël — y compris des universitaires ou des artistes — au risque de tomber dans la discrimination pure et simple ?
Et bien sûr, leur “boussole” ne s’applique pas au peuple juif, pour qui le droit à l’autodétermination ne semble pas exister.
A telle enseigne que celles et ceux qui tentent, depuis plus de deux ans, d’adopter précisément cette lecture « complexe et nuancée » :
- Condamner les crimes commis à Gaza par l’armée israélienne,
- être solidaire du peuple palestinien sans soutenir l’organisation fasciste et terroriste qui le gouverne, proxy direct du régime iranien,
- et défendre le droit à l’autodétermination de tou·te·s
sont régulièrement insulté·e·s, traité·e·s de « sales sionistes », voire accusé·e·s de soutenir un génocide…
Mais de l’autre côté du spectre, certains soutiens médiatiques inconditionnels de Reza Pahlavi ne sont pas exempts de contradictions non plus…
Tout en prétendant aspirer à une transition démocratique fondée sur la liberté d’opinion et d’expression et le respect des minorités, beaucoup n’ont jamais condamné le régime autoritaire du Shah, qui emprisonnait, torturait et réprimait toute opposition politique.
Pire, ces mêmes personnes s’en prennent aujourd’hui à tou·te·s les Iranien·ne·s de la diaspora qui portent une autre voix que la leur — qu’il s’agisse d’activistes, d’artistes, d’intellectuel·le·s ou de journalistes.
Si ces Iranien·ne·s ne soutiennent pas explicitement Reza Pahlavi, ils et elles sont immédiatement disqualifié·e·s, accusé·e·s de ne pas être de « véritables » soutiens du peuple iranien.
Comme si une seule voix, un seul homme, une seule ligne politique pouvaient prétendre incarner, à eux seuls, un peuple entier.
Cela s’appelle du populisme.
Le peuple iranien n’est pas monolithique.
Oui, Reza Pahlavi bénéficie d’un soutien réel au sein d’une partie de la population iranienne.
Peut-être sera-t-il un acteur central de la transition.
Peut-être pas.
Ce n’est ni à moi, ni à quiconque depuis l’extérieur, d’en décider.
Mais rien ne justifie que l’on refuse avec autant de virulence que toutes les autres voix iraniennes puissent être entendues.
Or, ce rejet des autres voix de la diaspora, combiné au silence sur la répression du régime du Shah, permet légitimement de s’interroger surla réalité de leur aspiration démocratique pour l’Iran.
Soutenir les peuples, ce n’est pas choisir des camps idéologiques, des régimes ou des hommes providentiels.
C’est défendre, partout et sans exception, la liberté, la pluralité des voix et le droit à l’autodétermination, sans hiérarchie, sans aveuglement.
La démocratie ne se mesure pas aux slogans ni aux camps que l’on choisit, mais à la manière dont on accepte la critique, la pluralité et la cohérence de ses positions.
